Je vous partage l'évolution de ma pratique

Dernière mise à jour : 1 avr.

Cela fait quelques temps maintenant que je me questionne sur ma pratique en tant que psychologue. Ces réflexions m'ont amenée aujourd'hui à la conclusion que je ne souhaite plus utiliser le titre de "psychologue clinicienne spécialisée en thérapies cognitives et comportementales", comme je l'ai toujours utilisé sur les documents officiels, comme il est écrit sur mon diplôme ou même dans ma présentation sur ce site internet. Un changement de titre qui correspond également à un changement de ma pratique professionnelle.




Tout d'abord j'ai voulu enlever la spécification des thérapies cognitives et comportementales (TCC). Car malgré le fait que j'en suis très fière, je ne pratique plus les TCC comme je l'ai appris en cours, ou dans les livres, je ne pratique même plus la TCC que j'ai moi-même pu enseigner encore récemment.



Une des spécificités des TCC est que nous suivons un déroulé précis, un "plan de thérapie" qui aura été établi lors des premières séances. Cela peut aller des thérapies (majoritairement des thérapies de groupe) dans lesquelles chaque séance aborde un thème précis défini à l'avance, jusqu'aux thérapies dont l'itinéraire est plus ou moins tracé avec la possibilité de moduler au fur et à mesure des avancées.

Dès mes premiers pas en tant que "psy TCC", j'étais déjà beaucoup dans cette pratique plus modulable. Et en enlevant cette spécialisation de mon titre, je souhaite affirmer mon envie de sortir complètement de ce cadre. Pour ma part, je me suis parfois perdue dans des techniques. Aujourd'hui, je recherche la connexion réelle avec le moment.


Je continue à utiliser les "outils TCC". Car cela fait partie intégrante de ma pratique et m'aide à structurer parfois, à questionner, à encourager l'action et le changement, ou encore à accompagner certaines émotions. A la différence qu'aujourd'hui, je ne les utilise plus de façon systématique.


Utiliser des outils de temps en temps ne fait pas de moi une praticienne en TCC. J'ai milité pour que l'utilisation de ce titre se fasse de façon honnête, pour que les personnes qui n'ont pas été entièrement formées ne puissent pas prétendre à son utilisation. Il n'est donc rien de plus normal, que de l'enlever pour faire preuve de cette honnêteté.

Et de l'inscrire ici pour que les personnes qui souhaitent se renseigner sur moi, sur ma pratique, puissent être informées.


J'aurais pu garder seulement le titre de

psychologue clinicienne.

Mais ce titre m'a également posé question.


Etre psychologue clinicienne signifie que j'ai étudié les différentes pathologies mentales et que je suis capable de part cette formation, d'accompagner les personnes.


Ce terme de pathologie mentale est trop flou aujourd'hui. Dans le langage courant, nous confondons pathologie (la souffrance) et maladie, au risque de désigner des personnes en souffrance comme étant des "malades mentaux".


D'ailleurs, le terme « clinique » désigne étymologiquement l’activité « au lit du malade ».


J'accompagne des personnes en souffrance, certes. Mais je refuse qu'iels soient les seul.es à être pointé.es du doigt et à se remettre en question. Tant qu'il y aura ce flou, tant qu'on continuera à nourrir l'idée que les personnes qui viennent en thérapie sont les "fous/folles", alors qu'iels ont juste eu le courage de vouloir faire différemment, je ne serai pas en accord avec ce terme.


Mon refus de porter ce titre est donc ma part de rébellion contre ce système. Et ma façon d'apporter du soutien aux personnes que j'accompagne sur leur chemin de lumière.





Je rencontre beaucoup de personnes au quotidien qui se livrent à moi. Je les remercie de leur confiance. Même si je suis une professionnelle, je reste une inconnue, du moins lors des premières séances, et l'exercice n'est pas aussi facile qu'on peut le croire.

Dans cet article, je souhaite faire un pas pour rééquilibrer les rôles, et me livrer moi aussi.


J'ai mis du temps à décider de laisser tomber ce titre pour deux principales raisons. La première est que j'en étais vraiment très fière, et la deuxième pour des raisons financières.


La TCC avec son approche scientifique m'avait réconciliée avec la psychologie à une époque où je me posais beaucoup de questions.

Pendant mes 3 années de licence, j'étais en froid avec la "psychologie clinique" justement, car l'approche freudienne proposée par ma fac de l'époque ne me correspondait pas. Je trouvais qu'on utilisait des termes trop alambiquées pour des mécanismes pourtant si simples.

La pratique de la TCC m'a beaucoup appris, c'est grâce à la TCC que j'ai compris que la thérapie est une "collaboration" entre le/la psy et son/sa patient.e. Que la relation n'est pas asymétrique, comme on nous l'a longtemps fait croire.


La pratique de la TCC m'a aussi apporté du succès, car quand je me suis lancée en libéral, c'est grâce à cette spécificité que plusieurs des collègues psychiatres et médecins m'ont adressé des patient.es. Et c'est là que la peur est apparue. Et si on ne m'adressait plus de patient.es? Et si l'activité libérale ne fonctionne plus? Et si je gagne moins, voire, plus du tout d'argent à cause de ça? La peur n'est pas encore totalement partie mais j'ai choisi.


J'ai choisi entre avoir une garantie financière ou m'écouter.

J'encourage mes patient.es à s'écouter même si cela implique de prendre des risques. Je n'aurais pas été authentique si je ne le faisais pas moi-même.


Alors voilà, je n'ai pas encore choisi quel autre titre je souhaite. Pour l'instant je serai juste "psychologue".

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